El Lissitsky. L’expérience de la totalité. Sous la direction d’Olivia Maria Rubio. Ed. Hazan.

El Lissitsky. L’expérience de la totalité. Sous la direction d’Olivia Maria Rubio. Ed. Hazan.

Cet ouvrage réunit toutes les œuvres exposées, mais aussi des textes essentiels pour réparer un oubli dont souffrait Lissitsky en France. Cet artiste était souvent traité de façon évasive tant il est difficile de faire le tour de tous les arts par lesquels il s’est exprimé, peinture, photo, scénographie d’expositions, designer…. Si on ajoute à cette envergure, la variété des styles qu’il a utilisés, on trouve un artiste prolifique et divers que la plupart des commentateurs ont laissé à l’écart, davantage par peur de ne pas être à la hauteur, que par dédain. On peut ajouter un autre problème pour Lissitky : il a davantage voyagé et a donc eu des rapports avec des artistes occidentaux, avec le mouvement de Stijl ou le Bauhaus en particulier, ce qui rend plus complexe encore son rapport à la modernité que pour Malevitch ou Tatline par exemple. Pour réussir à contourner tous ces handicaps, Olivia Maria Rubio présente le travail de l’artiste de façon synthétique, avant de laisser la parole à différents spécialistes pour traiter de ces différents aspects. Valéry Dymshits s’intéresse d’abord à son œuvre influencée par Chagall, souvent méconnue. Puis Victor Margolin traite de son rapport au pouvoir politique. Ce faisant, il s’oppose aux thèses récemment avancées par Yves-Alain Bois qui minimisait l’œuvre de Lissitsky vers 1930, parce que jugée trop proche du pouvoir. Ce texte est intéressant en ce qu’il montre la complexité actuelle à saisir la position de l’artiste face au pouvoir, que l’auteur juge « ambigüe ». Enfin, I. Tejeda Martin concentre son attention sur les projets ou réalisations d’expositions en Allemagne qui restent une des œuvres les plus incontournables de l’artiste pour les générations ultérieures. Ce texte les analyse de façon lumineuse. L’espace d’exposition qu’il invente alors annonce une conception artistique nouvelle. Le mur d’exposition devait cesser de n’être qu’un « lit de repos » offert à la contemplation bourgeoise de l’art » .