Rodin. La chair, le marbre. Ed. Hazan

Rodin. La chair, le marbre. Ed. Hazan
chacun des chapitres du catalogue est présenté par un texte clair avant que toutes les sculptures ne soient analysées en détail. Mais l’intérêt du catalogue est surtout dans les textes l’introduisent. La réflexion menée est nécessaire : notre conception de la sculpture a changé. A la fin du XIX°, tous les sculpteurs en taille directe avaient recourt à des praticiens pour les aider à donner forme à leur projet. A partir de leur modelage, ils réalisaient la sculpture en marbre. Le « maître » donnait des indications, intervenait parfois, mais une grande part du travail était faite par un autre. On connaît le nom des praticiens de Rodin, Falguière ou Bourdelle ont travaillé pour lui. Mais on sait aussi le grand tort porté par quelques scandales après la mort du maître (un praticien, par exemple a réalisé des œuvres après sa mort). Aline Magnien, François Blanchetière et Paul-Louis Rinuy ont analysé ce problème en détail, car il pose la question de l’œuvre même de Rodin : qu’est-ce qui fait de ses marbres des œuvres à part entière. Sont-elles ou non de vulgaires copies de ses modelages originaux ? La question devait bientôt être reprise par les artistes modernes. Elle est, depuis Duchamp, un lieu commun de l’art contemporain (mais lorsqu’il ne fait rien , c’est l’artiste qui, par son choix fait l’œuvre… et non le praticien). Rodin ne la posait pas, car il n’y avait pas de problème de paternité. Il avait simplement besoin de praticiens pour répondre à ses multiples commandes. Cela pose un problème esthétique sans doute, mais cela lui permet aussi de multiplier les interprétations différentes d’un marbre à un autre. Car il reprend parfois le même sujet à plusieurs années d’intervalle. Il s’agit bien de variations, de réflexion, de vision, et non seulement d’un savoir faire technique.