nuage au pastel sec

juin 13

Vigée Le Brun « fleuve dans un paysage de montagne » pastel
Vigée Le Brun « fleuve dans un paysage de montagne » pastel

Le pastel est une technique très ancienne. Durant la préhistoire déjà, les grottes étaient recouvertes de dessins réalisés avec des poudres colorées. La technique s’est développée à partir de la renaissance, en privilégiant ses qualités de légèreté et de coloration : contrairement aux autres médiums, le pastel ne contient aucun produit qui altère la couleur des pigments. Cela lui garantit une qualité et une fraicheur des coloris tout à fait remarquable, mais aussi une fragilité définitive.

Comme dans l’aquarelle, il faut laisser les couleurs jouer entre elles, et cela n’est possible qu’en ménageant des réserves qui donnent de la légèreté au dessin.

Boudin. pastel
Boudin. pastel

Comme on le voit dans les pastels de Eugène Boudin, réalisés sur le motif, il faut varier les effets entre les zones du nuage : certaines parties sont plus « mouillées », dans lesquelles le pastel est écrasé sur la feuille et fondu par l’estompe ou la peau de chamois. Certaines sont au contraire légèrement frottées sur la feuille granuleuse, ce qui produit un effet plus sec.

le papier utilisé est souvent du velin, teinté suivant la couleur que vous souhaitez, mais on peut aussi préparer sa surface en collant de la poudre de marbre ou du textile (c’est le « papier velour » du commerce). On peut aussi utiliser le papier mi-teinte de canson ou le « papier ingres teinté » qui présente un grain régulier.

Boudin 2 pastel
Boudin 2 pastel
Boudin vers 1854 pastel
Boudin vers 1854 pastel

Je vous propose de travailler à partir de ces ciels d’orage.

ciel d’orage 1
ciel d’orage 1
ciel d’orage 2
ciel d’orage 2
lac Léman
lac Léman

Comme dans les exemples de Boudin, nous chercherons à faire jouer les contrastes entre les couleurs du ciel et celles du sol, mais aussi et surtout celle du papier utilisé. Pour les dessin réalisés avec deux couleurs en contraste de complémentaire, il faut choisir le papier de la teinte opposée à la partie que vous voulez mettre en évidence. Et vous pouvez choisir un papier sombre pour renforcer encore ce contraste.

Mercedes
Mercedes
charlotte 0
charlotte 0
Katia
Katia

La comparaison de ces deux pastels nous enseigne le dosage entre les matières. Charlotte et Katia ont travaillé sur le même paysage et ont choisi de mettre le nuage chaud en valeur. Mais là où Charlotte utilise beaucoup de pastel, Katia privilégie la réserve, la mesure.

Le résultat de Katia est plus léger, mais perd en puissance.

Le ciel de Charlotte est plus contrasté, et annonce davantage le mauvais temps à venir.

Il faudrait équilibres entre ces différentes « touches ». Comme dans l’aquarelle, il faut alternativement fermer et ouvrir chaque forme : si un contour est net et fortement contrasté, le contour opposé de la forme peut s’ouvrir sur un léger dégradé. C’est tout à fait ce qu’on voit dans le premier pastel de Mercedes, qui varie davantage les effets.

Daphné
Daphné
Pascale
Pascale

Ces deux pastels de Daphné et Pascale sont très beaux, mais leurs effets sont justement trop répétitifs : la douceur des nuages de Daphné se retrouve trop dans les formes des arbres et des champs. Le pastel de Pascale me paraît plus réussi sur ce point : le ciel et la terre semblent alterner des traitements très différents, légers et évanescents dans le ciels autant que la terre semblent lourde. Peut-être aurait-il pu y avoir des variations plus grandes au sein des nuages ou des champs cependant.

Marie-Hélène Bouvier-Colle
Marie-Hélène Bouvier-Colle
Eléonore
Eléonore
Marie Jose
Marie Jose

On revient sur le même reproche sur ces trois derniers pastels : Marie Jose fait les mêmes contrastes entre les nuages et entre les champs. Cela aplatit le paysage et crée trop de monotonie. De même chez Eléonore.

Ce n’est pas le cas chez Marie-Hélène qui crée un fort contraste entre le ciel qui menace et le sol. Le ciel semble avoir plus de présence que la terre, car la touche est plus visible : le paysage semble être à l’envers, avec le ciel plus près de nous que la terre sur laquelle nous sommes pourtant.

Charlotte 1
Charlotte 1

Ces reproches pourraient cependant être nuancés, tant ces défauts pourraient devenir des atouts. Ces variations ne sont plus organisées chez Charlotte en fonction du réalisme des champs sous l’évanescence des nuages : Charlotte a « monté » les contrastes pour les faire jouer davantage entre eux. c’est justement ce qui sera l’occasion de retravailler en regardant Odilon Redon organiser ces contrastes de couleurs.