1905.Fauvisme

Matisse

Intérieur à Collioure. (Matisse, 1905)

Peinture fauve

Sommaire

I-Présentation et chronologie

1) Sources et modèles

2) Derain et Vlaminck à Chatou (1900-1901 et 1904-1905)

3) Matisse et Derain sur la méditerranée (1905)

4) Le conflit dessin-couleur

5) Le salon d’automne 1905

  I. Présentation. Chronologie

Le fauvisme est une nouvelle matière d’appréhender le monde. La nature devient le lieu où ma subjectivité vit ses tensions intellectuelles et sentimentales. Les couleurs expriment une relation entre le moi et l’univers. Ainsi ils réinventent la réalité.

1. Sources et modèles

a. Anarchisme

Vlaminck est dreyfusard et comme beaucoup, il est aussi anarchiste. Le vocabulaire des fauves est souvent repris des milieux anarchistes (dynamite, mettre le feu aux BA…). Ils participent aux journaux satiriques… néanmoins, dès 1905, Derain dit son agacement devant les anarchistes.

b. Gide

Dans « les nourritures terrestres », Gide fait dire à Nathanaël, dès 1897, « Ne t’attache en toi qu’à ce que tu sens qui n’est nulle part ailleurs qu’en toi-même et crée de toi, impatiemment et patiemment, ah! Le plus irremplaçable des êtres ».

Gide exalte le culte de la vie et réhabilite la sensation. « Toute connaissance que n’a pas précédée une sensation m’est inutile ».

Gide ne comprendra pas Matisse…Mais il y a un parallèle entre lui et les fauves.

c. Nietzsche

« ainsi parlait Zarathoustra » est publié en France autour de 1900 et exalte ainsi la vie. Derain et Vlaminck ont échangé des lettres vers 1901 à son propos.

d. Bergson

Les écrits sont trop ardus ou trop tardifs, comme « l’évolution créatrice » en 1907. Néanmoins, des cours ont diffusé ses idées et il y a un // :

- Bergson recherche la vérité profonde sous les apparences et croit les artistes visionnaires.

- Matisse veut dépasser les sensations superficielles et momentanées pour atteindre cet état qu’il appelle de « condensation des sensations » et qui fait le tableau.

e. Delacroix et Ingres

La mort de Sardanapale (Delacroix. 1827)

Par la libération de la couleur et de la ligne, qui se retrouvera dans « la joie de vivre » de Matisse

f. impressionnisme

Les fauves rompent avec leur esthétique naturaliste, mais ils restent attirés par les grands aplats de Manet ou le chromatisme vif de Monet.

« Impression soleil levant » (Monet.1873-74)

« Olympia »(Manet.1865)

g. néo-impressionnisme

« Un dimanche après midi à la grande jatte » (Seurat. 84-86)

Les fauves ont souvent adopté ce style pendant un temps,  pour retrouver une structure à leur tableau. Matisse dès 1899 et surtout, pour tous, vers 1904-05 :
- Matisse travaille avec Signac et Cross à St Tropez pendant été 1904
- Matisse et Derain l’utilise à Collioure pendant l’été 1905
- Derain, Marquet, Camoin, Manguin travaillent à St Tropez avec Signac pendant  l’été 1905 Ils retiennent :

- tons purs
- tons exaltés, par morcellement sur une toile vierge (plus d’expressivité)
- rejet des tons descriptifs
- tons indépendants des formes. Ces caractéristiques se retrouvent dans les toiles vénitiennes de Signac réalisées en 1904

h.van Gogh

Autoportrait de Vincent Van Gogh avec l’oreille (Van Gogh.1888)

L’exposition à Bernheim-jeune de mars 1901 révèle VG à Derain C’est alors que Derain présenta Vlaminck à Matisse : Derain et Matisse se connaissaient depuis 99 pendant laquelle ils travaillaient à l‘Académie Carrière. Cette exposition est donc un moment fort dans la constitution du groupe des futurs fauves.

Matisse utilisait déjà ce qu’il savait de VG, mais l’influence du peintre hollandais est surtout attestée après la rétrospective du salon des indépendants de 1905. En effet, VG les intéresse pour :

- nouveau rapport à la nature. Ce n’est plus une imitation mais une création.
- couleur qui perd sa signification objective et devient un élément subjectif.
- couleur qui donne la profondeur : c’est un espace couleur et non plus clair-obscur.   Néanmoins VG conserve la perspective ce qu’ils rejettent Néanmoins VG conserve son bagage « symbolique-humanitaire » => des désaccords très visibles dans leurs portraits.

i. Cézanne

« Les trois baigneuses »(Cézanne.79-82)

Est très mal connu alors. Les expositions de 1895 et 1904 tet 1905 ne montraient que des œuvres antérieures à 1890. Néanmoins Matisse et Derain l’ont beaucoup étudié car, comme eux, il cherchait à dépasser l’impressionnisme : comme eux il cherchait à créer un « espace couleur », c’est-à-dire un espace dont la profondeur ne soit plus rendu perceptible par la perspective linéaire ou atmosphérique, mais par le rapport des couleurs.

Montagne ste victoire.(Cézanne.1904-06)

Dans ses montage St Victoire, le bleu creuse et figure la lumière. Cézanne avait aussi libéré la couleur des formes représentés.

Néanmoins, il conserve la couleur locale. La véritable révélation cézannienne aura lieu en 1907, lorsqu’une grande exposition lui rendra hommage (il disparaît en 1906). i. Gauguin

« D’où venons nous, où sommes nous, où allons nous » (Gauguin. 1897)

Vlaminck le jugeait trop cérébral, de même que Matisse jusqu’en 1905 : pour eux, Gauguin est trop abstrait devant la nature.

Chez Gauguin, il y a un côté littéraire et symboliste qui les repoussent   L’exposition de 1903 était trop précoce pour eux => souvent Gauguin est ignoré. Le changement se fera par Matisse et Derain qui pendant lété 1905 à Collioure, verront la collection de Monfreid, la plus importante à l’époque, ce qui les aidera à sortir du néo-impressionnisme. De même, Van Dongen voit des Gauguin au Bateau lavoir et introduit les aplats dès lors.

j. G. Moreau

GM enseigne aux BA de 91 à sa mort en 98. Il respecte ses élèves et montre un grand courage face à leurs nouveautés. « Vous ne pouvez montrer cela… vous me feriez tuer… et cependant je le veux absolument » dit-il à ses élèves.

Il les envoie étudier au Louvre et encourage la copie et l’étude du nu. Chez lui, la couleur a une place identique à celle du dessin. « Notez bien une chose : c’est qu’il faut penser la couleur, en avoir l’imagination : c’est cela qui fait l’artiste. La couleur doit être pensée, rêvée, imaginée. »

2. Derain et Vlaminick à Chatou (1900-01 et 04-05)

Leur rencontre date d’un accident de SNCF en 1900 alors qu’ils allaient à Chatou pour peindre au bord de Seine. Dès lors ils peignent ensemble dans un même atelier, ou sur les mêmes vues autour de l’île de Chatou. Cette collaboration dure de 1900 à 1901, car alors, Derain part pour le service. Elle reprend à son retour de 1904 à 1905. Après, Derain se rapproche de Matisse, puis fera partie ensuite de la « bande de Picasso ».

3. Matisse et Derain sur la Méditerranée (1905)

La lumière y attire tous les fauves après 1904-05. Pendant cet été là, les 2 peintres abandonnant tout savoir faire. Les toiles présentent une grande unité entre architecture, nature et personnages, mais pour cela, ils simplifient les tracés :

- toiles non apprêtées,

- peu de peinture – pas de raffinement

- pas de mélange de tons.

Matisse passe ainsi de Luxe calme et volupté (1904-05) :

à paysage à Collioure (1905) :

 Pendant ce temps, Derain essaye de cumuler les influences de VG, pointillisme, Gauguin dans paysage à Collioure (1905) :

C’est alors que  naît vraiment le fauvisme. Ces toiles permettent de comprendre ce qu’est le fauvisme face au pointillisme. Lorsque Matisse rejoint en 1904 Signac et ses amis, il est dans une période de crise financière. Il a lu « d’Eugène Delacroix au néo-impressionnisme » en 98, et pense y trouver une solution selon ses goûts et ses besoins de nouveauté. Chez Signac il trouve aussi une influence intellectuelle : Signac est proche des anticléricaux et des anarchistes. Il veut sortir l’art de ses habitudes bourgeoises. Il veut libérer l’art  des commandes et des salons. « la révolte contre l’égoïsme de la société de la fin du XIXe siècle et contre les privilèges âprement défendus par les classe dirigeantes » unissait ceux qui étaient proches de Signac (dixit Van de Velde).

Matisse veut :
- restaurer la dimension littéraire de la peinture : il veut lui rendre un sens allégorique, de façon à lutter contre la pure émotivité impressionniste.
- dans l’allusion aux vers de Baudelaire « Là tout n’est qu’ordre et beauté, Luxe, calme et volupté. » Ordre et beauté font référence à l’ordre scientifique du divisionnisme.
- il intègre des éléments utilitaires dans l’œuvre, comme la barque du pêcheur. Il ancre ainsi la toile dans le présent, comme l’atteste les vêtements des femmes et le service à thé.
- le tableau doit avoir une fonction utopiste : le tableau doit être décoratif et ainsi bouleverser la fonction des images.   Signac veut garder Matisse dans les rangs du divisionnisme et achète donc l‘œuvre.

On demande à Matisse conseil pour encadrer, de façon à ce que la présentation avec une toile de Cross et de Valtat, soit cohérente et que « ces toiles n’aient pas l’air de tableaux pendus au mur mais de décorations de murailles » : contrairement à  Maurice Denis qui voulait faire oublier le mur, le transformer lui-même en tableau, Signac veut que le tableau devienne lui-même une surface murale ; le tableau doit être une architecture.

« Port d’Abaill » (Matisse, pendant l’automne 1905)

Ici, Matisse veut représenter le monde réel (travailleurs) : il n’y a plus d’allusion à une arcadie comme dans « luxe, calme et volupté ». Mais le choix de continuer des toiles pointillistes après même l’été en compagnie de Derain montre combien Matisse tenait à cette alternative.

 

4. Conflit dessin-couleur.

Dès le départ pourtant, Matisse n’est pas satisfait des toiles réalisées auprès de Signac.

Il écrit à Signac en juillet 1905 :

«  avez-vous trouvé dans mon tableau des Baigneuses, un accord parfait entre le caractère du dessin et le caractère de la peinture? Selon moi ils me paraissent totalement différents l’un de l’autre, et même absolument contradictoires. La peinture, surtout divisée, détruit le dessin qui tire toute son éloquence du contour. Souvenez-vous du carton et de la toile, et vous constaterez, si vous ne l’avez déjà fait, leur discordance plastique. Pour colorer le carton, il suffisait de remplir ses compartiments par des teintes plates, à la Puvis par exemple. »

Ce désaccord se retrouve dans « port d’Abbail » dont on conserve un dessin préparatoire.

Sur les deux toiles on voit s’entrechoquer les contours et les couleurs, sans qu’il trouve le moyen d’atteindre le décoratif qu’il recherche.

Ce conflit dessin-couleur reflète un conflit entre l’expression et le décoratif.

Dans les toiles suivantes, le dessin peut s’affronter aux touches de couleurs.

« un tableau fauve est un bloc lumineux formé par l’accord de plusieurs couleurs, formant un espace possible pour l’esprit ( dans le genre, à mon sens, de celui d’un accord mulical). L’espace crée peut être vide comme une pièce d’appartement mais l’espace est tout de même crée. »

cf. l’ »intérieur à Collioure »(en tête de ce texte)

Il ressort de cette lettre de Matisse les termes :

- c’est un « bloc » : le tableau est une architecture.

- « lumineux » : la lumière émane du tableau lui-même.

- il y a accord »: aucune couleurs n’est sombre ou lumineuse, c’est leur rapport qui crée la lumière.

- le tableau crée un « espace » :

 

5. Salon d’automne 1905

Il a lieu au Gd Palais du 18.10 au 25.11 avec 1625 œuvres de 397 artistes et une rétrospective de Ingres, Manet, Renoir.

Dans la salle 7 sont rassemblés 5 camoin, 9 Derain, 5 Manguin, 5 Marquet, 10 Matisse, 5 Vlaminck

Dans la salle 3 les nabis

Dans la salle 16 3 Rouault

Dans la salle 15 on trouve 12 Kandinsky et 6 Jawlensky

 

Quelques critiques sont favorables dont Vauxcelles dans Gil Blas

Au centre de la salle, un torse d’enfant, et un petit buste en marbre d’Albert Marque (…) la candeur de ces bustes surprend au milieu de l’orgie de tons purs : Donatello chez les fauves.

 

Mais auparavant, il avait aussi écrit :

Monsieur Matisse (…) a du courage, car son envoi – il le sait du rest – aura le sort d’une vierge chrétienne livrée aux fauves du cirque. M. Matisse est l’un des plus robustement doués des peintres d’aujourd’hui, il préfère s’enfoncer, errer en des recherches passionnées, demander au pointillisme plus de vibration, de luminosité. Mais le souci de la forme en souffre

 

De même Gide apprécie, ou même Maurice Denis. Mais le public est étonné, voir souvent scandalisé.

M. Nicolle écrit dans le « journal de Rouen »

Ce qui nous est présenté n’a – à part les matériaux employé – aucun rapport avec la peinture ; ce sont des bariolages informes ; (…) les jeux barbares et naïfs d’un enfant qui s’exerce avec la boite à couleurs…

 

6. Apogée du fauvisme en 1906

Au salon des indépendants du printemps 1906, le grand tableau dont tout le monde parle est le « bonheur de vivre » de Matissse.
Matisse semble avoir cherché à faire la synthèse de très nombreuses sources : le « concert champêtre » du Titien, les « Bacchantes » de Poussin, l’ »âge d’or » de Ingres, et les « baigneuses » de Cézanne dont il possédait une toile.
La multiplicité de ces sources crée un manque de cohérence interne qui perturbe les spectateurs, et crée une tension entre le côté encore littéraire de son travail, et les inventions techniques.

dès la fin de l’été 1905, Matisse avait compris qu’il fallait remettre définitivement en cause le divisionnisme.
« je crois que la peinture va me rendre fou » dit-il à Manguin. En effet, voulait-il réussir à associer le dessin et la couleur. « avez-vous trouvé dans mon tableau des « baigneuses » un accord parfait entre le caractère du dessin et le caractère de la peinture? Selon moi, ils me paraissent totalement différent l’un de l’autre, et même absolument contradictoire » (…). La peinture, surtout divisée, détruit le dessin qui tire toute son éloquence du contour » écrit-il à Signac en juillet 1905.
Dans une lettre à Matisse, Cross définit en effet le problème que rencontre Matisse : l’insertion des personnages est difficile à cause du contour.
La ligne et la couleur rentrent en conflit.
Dans cette oeuvre, le dessin reste plus important que la couleur. Cela semble correspondre à ce que Matisse dira en 1908 dans « notes d’un peintre » (écrit en décembre 1908 après sa tentative de donner des cours) : le dessin « doit avoir une force d’expansion qui vivifie les choses qui l’entourent ».

Signac réagit violemment
« il a entouré d’étranges silhouettes par un trait aussi épais que votre pouce. Puis il a couvert la chose entière de couleurs plates, lisses, qui, bien que pures, vous donnent la nausée ». De même Mallarmé réagit mal… Mais le tableau sera commenté par tous et sera acheté par Barnes, le collectionneur américain nouvellement arrivé à Paris, et qui cherche alors les toiles capables de communiquer l’art moderne aux jeunes américains.

Les effets du scandale de 1905 se feront sentir, avec plus de force encore au salon d’automne de 1906 où Gauguin a une rétrospective. On y voit la « Danse  »de Derain, très influencée par Gauguin :

Cela dure jusqu’à la rétrospective de Cézanne en 1907. À partir de là, c’est lui qui sera au centre des regards, notamment de Derain et de Braque, comme on peut le voir dans les Baigneuses (1907) de Derain.

Le résultat n’est pas un tableau abstrait, mais n’est plus une représentation mimétique. Il donne des « signes » de ce qui est représenté…

 

7. Matisse après le fauvisme

à partir de 1908-1909, la notoriété de Matisse est acquise.

Les Stein et le Dr Barnes sont des acheteurs réguliers. Chtchoukine achète la « desserte rouge » en 1908-09. Morosov, un autre russe lui achète de nombreuses toiles.

En 1909-10, Chtchoukine commande à Matisse une grande toile :
« j’ai à décorer un atelier, il y a trois étages. J’imagine le visiteur qui vient du dehors. Le premier étage s’offre à lui. Il faut obtenir un effort, donner un sentiment d’allègement. Mon premier panneau représente la danse, cette ronde envolée au dessus de la colline? Au second étage, on est dans l’intérieur de la maison, son son esprit et son silende, je vois une scène de musique avec les personnages attentifs ; enfin au troisième étage, c’est le plein calme et je peins une scène de repos, des gens étendus sur l’herbe, devisant ou rêvant. »


Dans les années qui suivent, Matisse revient à l’étude de problème d’espace. Devant une tendance abstraite qu’il redoute, il revient à des représentation de l’espace dans lequel ses tableaux prennent place. Toutes les œuvres semblent alors créer une véritable tension entre l’ornementation qui dissout les repères spatiaux, et quelques repères évidents qui disent la profondeur. Sa découverte en 191O à Munich de l’art musulman le confirme dans ses recherches. en 1911-12, il voyage au Maroc, ce qui le confirme encore dans ce travail.

2 commentaires

  1. hamoud rida Hassen Khodja 8 novembre 2014 at 11 h 47 min

    Les couleurs sont l’expression de la vie. Aussi toutes les tendances animées par des couleurs chatoyantes décrivent l’ame de l’artiste. Je voudrais partager des idées sur la passion de la peinture artistique, et celles des nouvelles tendances.

    • Les artistes utilisent la couleurs de façon privilégiée pour exprimer leurs sentiments. C’est vrai des artistes historiques aussi bien que pour les contemporains. Mais la couleur peut aussi être le reflet de quelque chose de trompeur. Ele eput nous abuser, et il faut se méfier de ce qu’elle peut nous dire, ou de ce qu’on peut lui faire dire.

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