Figurations à Yerre jusqu’au 22 octobre 2023

Figurations
Maison Caillebotte à Yerres
jusqu’au 22 octobre
OnementI de Newmann en 1948Ce printemps, trois expositions célèbrent ce
retour, «immortelle » au MOCO à Montpellier,
« voir en peinture » au musée des Sablesd’Olonne (exposition qui ira ensuite à Dole puis
à St Remy de Provence) et « Figurations» au
musée de Caillebotte à Yerres. Depuis quelques
années, on sentait poindre ce retour, mais l’art
contemporain restait défendu par tous les ministères de la culture depuis les années 1980,
contre tout ce qui pouvait rappeler l’art classique… la figuration, la technique en particulier.
On se souvient des débats houleux qui, dans
les années 1990 opposaient les deux camps
des modernes contre les contemporains. L’art
contemporain restait la valeur incontournable
défendue par les musées. La peinture semblait
définitivement associée à des valeurs dépassées.
Aujourd’hui, Numa Hambursin, directeur du
MOCO, par le titre «immortelle » de son exposition, affirme au contraire l’immortalité de la
peinture, et le prouve en réunissant 122 peintres
N564 avril-mai 2023 54
par Hugues Absil TP87
contemporains revenus à ces techniques
anciennes et à la figuration. L’exposition dressait un état des lieux de la peinture française,
ce que les institutions n’ont jamais voulu faire.
Comme le relève Philippe Dagen dans les
colonnes du journal le Monde (23-24 avril), il
n’y a aucune intention de créer ni une école ni
un groupe : la peinture est leur seul lien et les
styles sont très éclectiques. «il y en a pour tous
les goûts et tous les genres se côtoient (…) On
se réjouirait de tant de maitrise et de culture,
si ces qualités n’étaient pas souvent l’essentiel,
sinon la totalité, de ce qu’il y a à voir» Philippe
Dagen pointe du doigt la limite de ce retour.
Pour qu’il ne soit pas qu’une lutte vaine d’arrièregarde réac, il faut que la technique ne devienne
pas l’essentiel de ce que ces expositions présentent: «le regard ne se fixe que quand peindre
n’est plus une fin». Et le critique de défendre
quelques peintres de l’exposition comme Nazairn
Pouyandeh ou Stephane Pencreac’h ou l’excellent Simon Pasieka, qui sont au cœur de ces
expositions.
Figurations
Un autre art d’aujourd‘hui
Ed. in fine
Guy Boyer, commissaire de l’exposition de la
maison Caillebotte à Yerres raconte dans le
catalogue les luttes auxquelles il a dû se soumettre pour bâtir l’exposition, à la fois contre
des conservateurs trop enclins à défendre un
certain art contemporain, et contre ceux qui
voulaient y introduire tel ou tel peintre réaliste
incontournable. Car, quelle figuration montrer
et défendre ? Il semble qu’il y aurait autant de
figurations que de regards portés sur la peinture.
Cette complexité explique le «s» du titre, qui
insiste sur la pluralité des figurations. L’exposition présente deux volets, l’un plus ancien qui
a retenu 35 artistes comme Lesieur, Truphémus,
Dado, Rustin, Cremonini, Szafran, Aillaud…
dont les œuvres ont nourri le travail des plus
jeunes du second volet. Ces peintres plus jeunes
sont présentés 3 par 3 dans l’Orangerie de
Yerres, pour rendre correctement compte de
leur travail. Ils sont la génération actuelle qu’il
faut défendre. Dans son essai, Guy Boyer revient
aussi sur quelques figures incontournables dans
ce retour de la peinture, au premier rang desquels Jean Clair. «Considérations sur l’état des
beaux-arts» paraît en 1983 avec le sous-titre
« critique de la modernité ». Sous la plume de
ce conservateur au centre Pompidou puis au
musée Picasso, d’abord défenseur pourtant de
Marcel Duchamp et de l’art contemporain, le
chapitre «retour au dessin » souligne l’importance du dessin chez Goethe remarquant que
« ce que je n’ai pas dessiné, je ne l’ai pas vu ».
Sa position de spécialiste de Duchamp ou de
l’art contemporain l’a mis à l’abri pour un temps
des reproches du camp adverse. Ce temps fut
court, mais suffisant pour qu’il réussisse à se
positionner à la fois comme classique, moderne
et contemporain. Loin de toute position sectaire,
Jean Clair regarde d’abord les œuvres, et a
écrit des pages admirables sur Szafran, Music
et de nombreux peintres, aujourd’hui remis à
l’honneur. Parmi les autres grands défenseurs
de ce Retour, le catalogue présente aussi trois
entretiens de Guy Boyer avec Daniel Marchesseau, lui aussi conservateur des musées et qui
a beaucoup contribué à la reconnaissance
actuelle de Sam Szafran, avec Ger Luijten,
directeur de la fondation Custodia qui présentait régulièrement des artistes contemporains
comme Charles Donker, ou avec Claire Bernardi, actuelle directrice du musée de l’Orangerie qui nous annonce ici quelques-uns des
futurs grands évènements de l’institution. Le
catalogue présente ensuite chacun des artistes
présents dans l’exposition par un texte synthétique sur son œuvre et quelques reproductions

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