Figurations à Yerre jusqu’au 22 octobre 2023

figurations. un autre art d'aujourd'hui
figurations. un autre art d'aujourd'hui

Figurations

Maison Caillebotte à Yerres

jusqu’au 22 octobre

Ce printemps, trois expositions célèbrent ce

retour, «immortelle » au MOCO à Montpellier,

« voir en peinture » au musée des Sablesd’Olonne (exposition qui ira ensuite à Dole puis

à St Remy de Provence) et « Figurations» au

musée de Caillebotte à Yerres. Depuis quelques

années, on sentait poindre ce retour, mais l’art

contemporain restait défendu par tous les ministères de la culture depuis les années 1980,

contre tout ce qui pouvait rappeler l’art classique… la figuration, la technique en particulier.

On se souvient des débats houleux qui, dans

les années 1990 opposaient les deux camps

des modernes contre les contemporains. L’art

contemporain restait la valeur incontournable

défendue par les musées. La peinture semblait

définitivement associée à des valeurs dépassées.

Aujourd’hui, Numa Hambursin, directeur du

MOCO, par le titre «immortelle » de son exposition, affirme au contraire l’immortalité de la

peinture, et le prouve en réunissant 122 peintres

N564 avril-mai 2023 54

par Hugues Absil TP87

contemporains revenus à ces techniques

anciennes et à la figuration. L’exposition dressait un état des lieux de la peinture française,

ce que les institutions n’ont jamais voulu faire.

Comme le relève Philippe Dagen dans les

colonnes du journal le Monde (23-24 avril), il

n’y a aucune intention de créer ni une école ni

un groupe : la peinture est leur seul lien et les

styles sont très éclectiques. «il y en a pour tous

les goûts et tous les genres se côtoient (…) On

se réjouirait de tant de maitrise et de culture,

si ces qualités n’étaient pas souvent l’essentiel,

sinon la totalité, de ce qu’il y a à voir» Philippe

Dagen pointe du doigt la limite de ce retour.

Pour qu’il ne soit pas qu’une lutte vaine d’arrièregarde réac, il faut que la technique ne devienne

pas l’essentiel de ce que ces expositions présentent: «le regard ne se fixe que quand peindre

n’est plus une fin». Et le critique de défendre

quelques peintres de l’exposition comme Nazairn

Pouyandeh ou Stephane Pencreac’h ou l’excellent Simon Pasieka, qui sont au cœur de ces

expositions.

Figurations

Un autre art d’aujourd‘hui

Ed. in fine

Guy Boyer, commissaire de l’exposition de la

maison Caillebotte à Yerres raconte dans le

catalogue les luttes auxquelles il a dû se soumettre pour bâtir l’exposition, à la fois contre

des conservateurs trop enclins à défendre un

certain art contemporain, et contre ceux qui

voulaient y introduire tel ou tel peintre réaliste

incontournable. Car, quelle figuration montrer

et défendre ? Il semble qu’il y aurait autant de

figurations que de regards portés sur la peinture.

Cette complexité explique le «s» du titre, qui

insiste sur la pluralité des figurations. L’exposition présente deux volets, l’un plus ancien qui

a retenu 35 artistes comme Lesieur, Truphémus,

Dado, Rustin, Cremonini, Szafran, Aillaud…

dont les œuvres ont nourri le travail des plus

jeunes du second volet. Ces peintres plus jeunes

sont présentés 3 par 3 dans l’Orangerie de

Yerres, pour rendre correctement compte de

leur travail. Ils sont la génération actuelle qu’il

faut défendre. Dans son essai, Guy Boyer revient

aussi sur quelques figures incontournables dans

ce retour de la peinture, au premier rang desquels Jean Clair. «Considérations sur l’état des

beaux-arts» paraît en 1983 avec le sous-titre

« critique de la modernité ». Sous la plume de

ce conservateur au centre Pompidou puis au

musée Picasso, d’abord défenseur pourtant de

Marcel Duchamp et de l’art contemporain, le

chapitre «retour au dessin » souligne l’importance du dessin chez Goethe remarquant que

« ce que je n’ai pas dessiné, je ne l’ai pas vu ».

Sa position de spécialiste de Duchamp ou de

l’art contemporain l’a mis à l’abri pour un temps

des reproches du camp adverse. Ce temps fut

court, mais suffisant pour qu’il réussisse à se

positionner à la fois comme classique, moderne

et contemporain. Loin de toute position sectaire,

Jean Clair regarde d’abord les œuvres, et a

écrit des pages admirables sur Szafran, Music

et de nombreux peintres, aujourd’hui remis à

l’honneur. Parmi les autres grands défenseurs

de ce Retour, le catalogue présente aussi trois

entretiens de Guy Boyer avec Daniel Marchesseau, lui aussi conservateur des musées et qui

a beaucoup contribué à la reconnaissance

actuelle de Sam Szafran, avec Ger Luijten,

directeur de la fondation Custodia qui présentait régulièrement des artistes contemporains

comme Charles Donker, ou avec Claire Bernardi, actuelle directrice du musée de l’Orangerie qui nous annonce ici quelques-uns des

futurs grands évènements de l’institution. Le

catalogue présente ensuite chacun des artistes

présents dans l’exposition par un texte synthétique sur son œuvre et quelques reproductions