1913-14. »L’équipe de Cardiff » de R.Delaunay

« L’équipe de Cardiff ».1913-14 1ere version

Après sa série des « fenêtres » en 1912, Delaunay avait  été jusqu’à l’abstraction totale du « Disque simultané » en 1913. La peinture que nous allons analyser ici témoigne d’un retour à la représentation du réel. Après nous être interrogé sur le sujet choisi par Delaunay et au contexte de l’exposition de sa toile, nous nous demanderons ce qui fait sa modernité.

 

                                                                »fenetre simultanée ». 1912

                                                                « disque simultané » . 1912

L’abstraction, la peinture pure était le but des recherches envisagées par Apollinaire dans son essai « les peintres cubistes. Méditation esthétique » paru en 1912.  La peinture se libère de toute référence au monde. Après le succès des futuristes à l’exposition de 1912, il s’agit de revoir la relation de la peinture avec son sujet.

  1. Histoire et Exposition :

Dans l’esprit de la modernité d’Apollinaire et Cendrars, Robert Delaunay cherche dès 1913 un sujet moderne. Ce sujet sportif reprend une photographie parue le 18 janvier 1913 dans le journal « la vie au grand air ».

                                                          la vie au grand air . janvier 1913

C’est sur l’image qu’il crayonne la grande roue qu’il reprendra dans les 3versions du tableau.

La première version est présentée à la galerie der Sturm à Berlin en janvier 1914.

Mais la version finale est présentée en mars 1914 au salon des indépendants à Paris.

« L’équipe de cardiff ».1913 version 2

 

  1. Le sujet moderne :

Le sujet est volontairement un combat : la vie moderne est vue comme une invitation à l’action et au dépassement de soi.

Ce culte de l’action est rendu par l’usage de couleurs vives. Dans un journal de 1913, un boxeur écrivait

« nous exigeons que vibrent autour de nous des couleurs franches et vigoureuses, aussi montées de ton que possible, de ces rouges sonores qui sont pareils à des coups de clairon, de ces verts acides qui font grincer des dents les malades que vous êtes, mais qui nous donnent à nous de si exquises sensations ».

 

Pour répondre au modernisme des futuristes, Delaunay rejette le côté bucolique des footballeurs exposés par Rousseau en 1908 et analysés par Uhde en 1911 (le premier mari de sa femme Sonia)

                                           » joueurs de foot-ball » du douanier Rousseau. 1908

Delaunay fait se rencontrer la Tour Eiffel, la grande roue et les affiches.

 

2. Profondeur  avion :

Ce télescopage des formes était déjà présent dans des toiles de 1909 inspirées de photographies prises à bord de dirigeables. Delaunay s’intéresse aux conséquences psycho-physiologiques des vols sur les aviateurs.

Comme dans un vol aérien, tout paraît aplati par l’éloignement. Dans son tableau les motifs se mélangent et se superposent.

Cet aplatissement est souligné aussi par les lettres (qui sont aussi un rappel du travail de Picasso et Braque depuis 1912).

Le biplan fournit la seule indication de perspective. Delaunay a choisit de faire allusion à l’avion par un modèle dépassé, le biplan des frères voisin, depuis la traversée de la Manche en 1909 par Blériot en monoplan,.

 

Le tableau est une construction. Delaunay juxtapose les motifs issus de différentes sources. Les mots des affiches sont à reconstruire. Astra est pris sur une affiche, mais il est juxtaposé à un L pour devenir astral, surtout si on lui ajoute le mot construction qui apparaît aussi.

Delaunay est lié alors avec le constructeur aéronautique Emile Borel avec lequel il travaille à Chartres.

 

3. Affiche :

Delaunay est intéressé par les affiches qui envahissent les rues. Il en discute avec Apollinaire et Cendrars : ce sont les nouvelles techniques de communication visuelle. Cendrars écrit

« La publicité est la fleur de la vie contemporaine ». Avec l’auto, l’avion, la TSF, l’affiche permet la mobilité de notre regard. Elle introduit un réseau de taches colorées dans le tissu urbain jusqu’alors dominé par le gris. Elle impose aussi des contrastes que d’autres combattent au même moment. « Ces affiches tonitruantes font pstt ! pstt ! au passant (…) on n’a pas exagéré en disant qu’elles hurlent. L’art scrupuleux de Chéret et de ses émules reste un art de collectionneurs, voisin du pastel. Celui qui triomphe sur nos murs, dans nos rues, s’intitule soi-même l’art du « coup de poing dans l’œil ».

En effet la réflexion sur les affiches dans la villes occupe la presse avec le vote en 1912 de la loi sur la taxation des panneaux-réclame.

6000.delaunay .hangar de la société astra vers 1910

 

Comme dans les affiches les motifs appellent une signification :

  • Astra = aéroplane
  • Tour Eiffel = Paris
  • Delaunay = lui-même, comme peintre de la modernité. Cela est souligné par l’utilisation d’un accord violent entre le vert et le rouge dans la dernière version.

Delaunay souligne l’usage non culturel de la couleur. Il écrit à Marc en janvier 1913.

« On s’aime par la vision d’un pays à un autre. A Berlin, je ne sentais étranger que par la langue usuelle… les mots changent. La représentation des tableaux ne m’étaient pas incompréhensible. La couleur que j’y ai vue est la même que celle que j’emploie. »

 

Cela se retrouvera dans l’illustration de « la prose du transsibérien » de Cendrars par sa femme Sonia.

                                »La prose du Transsibérien et de la petite Jehanne de France ». 1913

                                                poème de Cendrars, illustration de Sonia  DELAUNAY

L’ « équipe de Cardiff » est un tableau essentiel dans l’évolution du travail de Delaunay. Après l’invention du cubisme par Picasso et Braque et le succès du futurisme en 1912 à Paris, il permet de comprendre son travail sur les couleurs basé sur les contrastes simultanés qui donnent du rythme à son travail. Ce rythme exprime sa vision du monde moderne dans lequel la vitesse et le mouvement (notamment aérien) devient alors un élément majeur.

 

 

 

2 commentaires

  1. vraiment très intéressant ;) :>

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