Maillol. La quête de l’harmonie.

Maillol. La quête de l’harmonie.
musée d’Orsay jusqu’au 21 août
L’exposition donne à redécouvrir une œuvre qu’on croit trop vite connaître, et à comprendre les enjeux de l’harmonie que Maillol cherche inlassablement. Ophélie Ferlier-Bouat souligne l’importance du dessin pour Maillol : « presque tous mes dessins ont été faits de mémoire », et l’historienne analyse son travail (d’abord en plâtre qui lui permet de toujours retravailler ses formes). 36 carnets ont justement été récemment redécouverts, ce qui permet de jeter un nouveau regard sur ce travail. Face à la modernité des artistes influencés par l’art primitif ou par l’expressionnisme de Rodin, comment comprendre cette soif d’une forme idéale ? L’exposition permet de poser la question de la réception de l’art de Maillol au XXème siècle. Antoinette Le Normand-Romain explique que Maillol est « considéré comme le chef de file de la sculpture française par le gouvernement de Vichy » et continue, en soulignant le caractère très germanophile de l’artiste : ses premiers mécènes sont allemands et Maillol acceptera même de revenir à Paris en 1942 pour l’inauguration de l’exposition consacrée à Arno Brecker, sculpteur officiel du IIIe Reich. Cet épisode fâcheux, et son esthétique perçue comme l’aboutissement d’une longue tradition le desservent trop souvent. Il faudrait pourtant réapprendre à voir et à comprendre cet idéal de la forme.
Maillol. coéd. Gallimard/musée d’Orsay
Dans « Maillol et son temps », premier texte du catalogue de l’exposition, Catherine Chevillot commence par une analyse générale de la sculpture de 1900, tiraillée entre la gloire de Rodin, et une nouvelle recherche de style. Maeier-Graefe écrit en 1903 « Il était inévitable qu’une réaction se produisît : cette réaction, il appelle la lutte pour le style. Jamais un critique français n’aurait osé écrire : « si nous plaçons certains Rodin à l’air libre, la tragédie est évidente. La profondeur de leur conception, la beauté, la force de leur expression, auxquelles nous étions prêts à sacrifier toute autre considération, ne les empêche pas de devenir des masses informes qui remettent en question tout l’édifice. » comme le souligne Catherine Chevillot, « Plus que les critiques français, les historiens de l’art et commentateurs allemands en théorisé ce point de bascule. » Prenant le contre-pied des notions mises en avant par rosalind krauss pour expliquer la sculpture moderne – multiplication, fragmentation et assemblage – l’historienne utilise les notions d’ unification, totalité, synthèse pour comprendre l’art de Maillol. En ef fet, sa sculpture «  Méditerranée » fut dès sa première présentation en 1905, la référence de nombreux jeunes sculpteurs fasciné par Rodin, mais asphyxié par son génie excessif. Maillol explique en 1907 à Kessler, son principal mécène : « Rodin exagère la nature, il ajoute partout de petits profils, de petites facettes, et puis, il ne lisse pas, quand il met de la terre, il la laisse, ça fait que c’était encore plus tourmenté. C’est un éblouissement, son art est lyrique. Maintenant, sur la fin de sa vie, il voit qu’il s’est trompé, il voudrait que l’art soit joyeux,il parle de la sérénité, mais ce n’est pas ça qui fait son succès, c’est tout le contraire. C’est que son art était triste et tourmenté, qu’il était pessimiste, et que c’était ça ce qu’on cherchait à cette époque. Nous aimions tous Zola, le réalisme, etc. Mais qu’est ce qui peut lire Zola aujourd’hui ? C’est fini. Je ne veux pas que l’art m’embête, je veux être heureux ». Les textes de Kessler, tout comme les conversations de Maillol rapportées par Henri Frère sont capitales pour comprendre son art : « le sculpteur c’est un homme amoureux de formes. Et au-dessus des formes, il y a encore l’architecture ce qui réunit les formes. L’architecture, c’est encore plus fondamental que les formes ». Pour trouver la forme, Maillol se base sur ses croquis, sur sa mémoire, davantage que sur l’observation du modèle. « Il faut faire beaucoup de dessins, et le jour où on comprend quelque chose à un, on en fait une statue. » Maillol vante l’usage de l’observation volée « avec 3 coups de crayon, j’ai toutes les indications qu’il faut », par opposition à l’étude d’un modèle posé. On n’est pas loin de ce que préconisait Rodin lui aussi, qui refusait que ses modèles prennent la pose. Mais Rodin cherche l’expression là où Maillol veut trouver la forme et l’architecture du corps. A partir de ses premiers croquis « en trois coups de crayons », il fait entrer son dessin dans la composition, à la recherche de la forme, de l’architecture des corps. Il refuse ainsi d’aller jusqu’à la distorsion ornementale de son ami Matisse. Dans le travail de la matière, il préfère le modelage, qui lui permet de travailler d’instinct, lentement. Il site souvent Delacroix : « le temps ne respecte pas ce que l’on fait sans lui »

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