Kiefer : ouverture des galeries Ropac et Gagosian en Seine Saint-Denis.

 

Depuis le début des années 80, Kiefer est hanté par l’Holocauste, mais aussi par les grands mythes de l’humanité. Dans « Die ungeborenen », « les non-nés » exposé dans la nouvelle et superbe galerie Ropac de Pantin (2000m²!!), Kiefer questionne le désir possible de ne pas être né. Les « non nés » seraient des enfants perdus dans les limbes, des enfants sacrifiés ? Mais la vie est-elle  vraiment préférable à l’inexistence? Pour pouvoir se poser même cette question, il faut pourtant bien vivre déjà?  Par delà la question même que pose le titre de cette oeuvre, on retrouve aussi les interrogations de l’artiste sur l’art lui-même et sur son pouvoir de création.

Daniel Arasse a déjà montré combien le travail de Kiefer s’est peu à peu démarqué de la mélancolie consécutive aux années d’après guerre. Ces années pendant lesquelles l’Allemagne refusait de regarder en face son passé trop lourd ont imposé à l’artiste de faire ce travail de mémoire. Dans les années 80, Kiefer ne pouvait être compris  : les photographies présentées dans « Besetzung » (occupations) le montrent faisant le salut nazi dans divers lieu anciennement occupés par les nazis. On ne pouvait le comprendre tant le refus de penser même Hitler était omniprésent, aussi bien en Allemagne qu’en France d’ailleurs. En 1945,  le philosophe allemand de l’école de Francfort Adorno avait bien dit l’impossibilité de continuer même à créer après Auschwitz. Ce refus semblait définitif  malgré les poésies écrites alors même par Paul Celan.

Kiefer a réellement fait scandale avec la publication de ces photos en 75. Le scandale n’a fait que s’amplifier lorsqu’il fut choisi pour représenter l’Allemagne avec Baselitz à la Biennale de Venise en 1980, où pourtant ces oeuvres ne furent pas montrées. Bientôt l’artiste allait aborder d’autres sources, Paul Celan bien sûr, mais aussi des mythologies allemandes, des femmes bientôt…

la mélancolie qui restait d’abord attachée à l’Allemagne allait bientôt gagner toute sa pensée. l’impossibilité pour l’art de dire quelque chose de définitif ne relevait plus de la seule responsabilité des nazis, mais gagnait l’art tout entier, l’humanité toute entière, jusqu’aux oeuvres actuelles présentées à la galeire Ropac, où des bébés morts dès leurs premiers jours, présentés dans des boîtes vitrées, sortes de lanternes anciennes ou d’aquariums fragiles, sont là pour nous rappeler combien notre vie manque de sens, si l’on oublie les questions qu’elle nous pose.

on pourrait croire l’artiste désespéré. Mais Kiefer ne cesse d’affirmer le contraire dans toutes ses interview. Les ruines qu’il ne cesse de mettre en scène dans ses oeuvres – les tableaux semblent souvent sur le point de tomber en poussière – sont le lieu d’une nouvelle possibilité. L’exposition à la galerie Ropac montre des paysages grandioses, comme chez les anciens romantiques allemands. Chez Caspar David Friedrich par exemple, l’homme semblait toujours sur le point d’être submergé par un paysage immense. Chez Kiefer, ce sont les traces d’un cataclysme passé qui nous inquiètent : une toile est percée par une aile d’un avion de plomb (taille quasi réelle), une autre montre des traces de brûlure, une autre est surmontée d’un ciel de plomb…. mais des citations de poètes ou de la bible nous orientent pourtant vers plus d’optimisme. La matérialité extrême des toiles, les signes qui les recouvrent, les foetus morts perdus au milieu de forêts de gigantesques tournesols, ne peuvent laisser de doute : Kiefer continue à nous poser des questions sur le sens de la vie et de la mort.

 

La galerie Gagosian (le Bourget) aussi consacre son nouvel espace à une autre oeuvre récente de Kiefer : dans « Morgenthau Plan »,  Kiefer se concentre ici sur le plan américain qui au lendemain de la guerre voulait partager l’Allemagne en deux nations désindustrialisées. Kiefer montre ainsi des champs de blé platés sur une grande mer de sable… mais enfermée dans une cage!

pour approfondir ce commentaire, vous pouvez consulter mon article sur le travail de Kiefer sur la mémoire dans l’onglet « cours » de ce site.

Un commentaire

  1. I enjoy you because of each of your work on this blog. Ellie takes pleasure in getting into internet research and it’s simple to grasp why. All of us notice all of the powerful mode you provide both useful and interesting guidance via the web site and as well as strongly encourage participation from other ones on the area of interest so our own girl has been starting to learn so much. Enjoy the rest of the year. You have been carrying out a stunning job.

Pingbacks

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

  • Archives

  • Catégories

  • Recherche